Durand, David · p. 74
Son Alexandre foudroyant. Un autre de ses ouvrages, qui a eû beaucoup de réputation, est son ALEXANDRE, la foudre à la main, qu’il peignit pour le Temple de la Diane des Ephésiens, et dont il reçut12000 escus d’Angl. Quelques Edd. et entr’autres la premiere, lisent, viginti talentis auri. Mais le P.H. supprime le dernier mot, et peutêtre avec raison. Quoi qu’il en soit, Apelle fut payé en or, comme on le voit par la suite : aureos. vingt talens en or. Il semble que la main du Heros, avec la foudre, sortent réellement du tableau ; et ce dont je prie les lecteurs de se souvenir, c’est qu’il a peint tous ces miracles avec les quatre couleurs primitives, dont nous avons parlé ci-dessus. A l’égard des vingt talens qu’il eut pour cette peinture, ils ne lui furent pas proprement comptez ; on couvrit le tableau de piéces d’or, qui se trouverent monter, à peu près, jusqu’à cette somme, et c’est ce qui a fait dire, que le prix n’en fut pas reglé au poids, mais à laAu lieu que le tableau de Bularque, dont il a parlé ci-dessus, fut vendu au poids, et non pas à la mesure. Voy. ci-dessus, p. 47. mesure.
Notes au texte latin, p. 270 :
(M) Pinxit et Alexandrum. Plutarque dit qu’Apelle, qui étoit ingénu, comptoit 2. Alexandres, l’un de Philippe, qui étoit invincible, et l’autre d’Apelle, qui étoit inimitable : et dans la Vie d’Alexandre même ; Or quant à la forme de toute sa personne, les images faites de la main de Lysippus sont celles qui le représentent le mieux au naturel. Aussi ne voulut il point qu’autre imager le taillât que lui : car plusieurs de ses successeurs et de ses amis (s’entend de Lysippe) le contrefirent bien depuis ; mais cet ouvrier-là, sur tous les autres, a parfaitement bien observé et représenté sa façon de porter le col un bien peu penchant sur le côté gauche, et aussi la douceur de son regard et de ses yeux. Mais quand Apelles le peignit tenant la foudre en sa main, il ne représenta pas sa naïve couleur, ains le fit plus brun et plus obscur qu’il n’étoit au visage : car il étoit naturellement blanc, et la blancheur de son teint meslée d’une rougeur qui apparoissoit principalement en sa face et en son estomac.
(N) Viginti talentis. La I. Ed. porte, x. talentis auri : mais le P. H. a supprimé le dernier mot, parce qu’il ne l’a trouvé que dans un MS. et d’une main plus récente. La correction est certaine. Cependant il reste une difficulté. Apelle lui-même offroit cinquante talens d’un tableau de Protogene ; comment donnoit-il les siens pour vingt talens seulement ? C’est assez peu en comparaison des autres tableaux, qui sont marquez dans ce livre, à 40, à 50, à 60, à 100 talens. D’ailleurs, que ferons-nous de la suite ? La leçon de Venise porte, Immane pretium ejus tabula in nummo aureo mensuram accepit, non numero. Un MS. de Dalecamp reconnoit aussi immane tabulae pretium, un autre du Vatican de même, les Edd. de Parme, et plusieurs autres, de même ; et Carlo Dati est pour cette lecture. C’est le stile de Ciceron, inmanis pecunia ; ingens inmanisque præda ; inmanis jacturis. S’il faut donc conserver inmane, où est le prodige de cette somme, puisqu’il ne s’agit que de vingt talens ? Il y a encore une difficulté. Que veut dire cette expression, aureos accepit mensura, non numero ? On couvrit le tableau de piéces d’or ; je le veux : mais comment arriva-t-il que ces piéces d’or, quelles qu’elles fussent, se montassent précisément à la somme marquée ? Horace nous parle d’un riche, qui mesuroit son argent : Dives ut metiretur nummos : mais si vous appliquez cela à notre passage, vous ne levez point la difficulté. Il ne s’agit après tout que de 20. Talens, 12000 Ec. d’Angl. il n’y a pas là grand sujet de se récrier. Le P. H. lit simplement, Tabulæ pretium accepit aureos mensura, non numero : et il s’appuie sur deux de ses MSS. Toutes ces différences font voir que ce passage a été fort mal traité.