Ποικίλη ἱστορία
Élien (Κλαύδιος Αἰλιανός)
Θέωνος τοῦ ζωγράφου πολλὰ μὲν καὶ ἄλλα ὁμολογεῖ τὴν χειρουγίαν ἀγαθὴν οὖσαν, ἀτὰρ οὖν καὶ τόδε τὸ γράμμα· ὁπλίτης ἐστὶν ἐκβοηθῶν, ἄφνω τῶν πολεμίων εἰσβαλλόντων καὶ δῃούντων ἅμα καὶ κειρόντων τὴν γῆν· ἐναργῶς δὲ καὶ πάνυ ἐκθύμως ὁ νεανίας ἔοικεν ὁρμῶντι εἰς τὴν μάχην, καὶ εἶπες ἂν αὐτὸν ἐνθουσίαν, ὥσπερ ἐξ Ἄρεος μανέντα. γοργὸν μὲν αὐτῷ βλέπουσιν οἱ ὀφθαλμοί, τὰ δὲ ὅπλα ἁρπάσας ἔοικεν ᾗ ποδῶν ἔχει ἐπὶ τοὺς πολεμίους ᾄττειν. προβάλλεται δὲ ἐντεῦθεν ἤδη τὴν ἀσπίδα καὶ γυμνὸν ἐπισείει τὸ ξίφος φονῶντι ἐοικὼς καὶ σφαγὴν βλέπων καὶ ἀπειλῶν δι’ ὅλου τοῦ σχήματος ὅτι μηδενὸς φείσεται. καὶ πλέον οὐδὲν περιείργασται τῷ Θέωνι, οὐ λοχίτης οὐ ταξίαρχος οὐ λοχαγὸς οὐχ ἱππεὺς οὐ τοξότης, ἀλλ’ ἀπέχρησέν οἱ καὶ ὁ εἷς ὁπλίτης οὗτος πληρῶσαι τὴν τῆς εἰκόνος ἀπαίτησιν. οὐ πρότερόν γε μὴν ὁ τεχνίτης ἐξεκάλυψε τὴν γραφὴν οὐδὲ ἔδειξε τοῖς ἐπὶ τὴν θέαν συνειλεγμένοις πρὶν ἢ σαλπιγκτὴν παρεστήσατο καί προσέταξεν αὐτῷ τὸ παρορμητικὸν ἐμπνεῦσαι μέλος διάτορόν τε καὶ γεγωνὸς ὅτι μάλιστα καὶ οἷον εἰς τὴν μάχην ἐγερτήριον. ἅμα τε οὖν τὸ μέλος ἠκούετο τραχὺ καὶ φοβερὸν καὶ οἷον εἰς ὁπλιτῶν ἔξοδον ταχέως ἐκβοηθούντων μελῳδοῦσι σάλπιγγες, καὶ ἐδείκνυτο ἡ γραφὴ καὶ ὁ στρατιώτης ἐβλέπετο, τοῦ μέλους ἐναργέστεραν τὴν φαντασίαν τοῦ ἐκβοηθοῦντος ἔτι καὶ μᾶλλον παραστήσαντος.
Reinach, Adolph (éd.) — Textes grecs et latins sur la peinture ancienne. Recueil Milliet
Description du peintre Théon. Voici un tableau qui, entre beaucoup d’autres, atteste particulièrement la valeur de l’exécution dans la peinture de Théon. C’est un hoplite en train de faire une sortie pour repousser une invasion soudaine des ennemis qui pillent et ravagent le pays. Ce jeune soldat a évidemment l’air de s’élancer plein d’ardeur au combat. Et l’on dirait qu’il est en proie à un transport furieux, comme inspiré par Arès. Ses yeux ont un regard terrible ; saisissant ses armes, il a l’air de s’élancer à toutes jambes sur les ennemis. Il commence déjà à s’abriter derrière son bouclier ; il brandit son épée d’un air sanguinaire et avec un regard meurtrier ; toute son attitude menaçante annonce qu’il n’épargnera personne. Théon n’a pas pris la peine de représenter autre chose, – soldat, taxiarque, lochage, cavalier ou archer, – mais il lui a suffi de ce seul hoplite pour remplir les exigences du tableau. L’artiste ne découvrit son œuvre, et ne la montra au public assemblé pour la voir qu’après avoir placé à côté un trompette, en lui recommandant de jouer la charge, avec une sonorité aussi perçante que possible, comme un appel aux armes. Au moment où l’air faisait entendre ses accents rudes et menaçants, comme pour une sortie d’hoplites accourant promptement à l’aide du chant de la trompette, le tableau fut découvert, et on vit le soldat, pendant que l’air ajoutait encore à l’illusion d’une sortie guerrière.
Élien (Κλαύδιος Αἰλιανός) — Ποικίλη ἱστορία
L'art de Théon était, comme on s'accorde à le dire, remarquable à bien des égards, mais tout particulièrement parce qu'il avait réalisé cette peinture: un hoplite accourant à la rescousse, alors que les ennemis attaquent à l'improviste, massacrent et ravagent le pays. Le jeune homme est représenté de manière réaliste et avec beaucoup d'expression, comme quelqu'un qui s'élance au combat, et tu dirais qu'il est pris de délire, comme si Arès le rendait fou. Ses yeux dardent de manière effrayante, il a l'air d'avoir saisi les armes à la hâte et de s'élancer contre les ennemis dans une course précipitée. Il jette déjà le bouclier en avant et brandit son glaive nu, comme un homme pris de fureur meurtrière. Son regard est injecté de sang, et toute son attitude est menaçante et laisse pressentir qu'il n'épargnera personne. Théon n'a rien ajouté d'autre à son tableau, ni un simple soldat, ni un commandant de corps, ni un commandant de compagnie, ni un cavalier ni un archer, mais ce seul hoplite lui a suffi pour réaliser amplement l'intention de l'image. Avant de découvrir et de montrer le tableau à ceux qui s'étaient réunis pour le voir, l'artiste plaça à côté de l'oeuvre un trompettiste et lui ordonna de jouer la mélodie de l'assaut, de la manière la plus perçante et puissante possible, comme on le fait pour appeler au combat. Ils entendirent donc la mélodie rude et terrible, comme celle que les trompettes font résonner pour la sorite d'hoîles se précipitant à la rescousse, et au même instant le tableau fut dévoilé et l'on vit le soldat: la mélodie rendait encore plus efficace la représentation de l'homme s'élançant à l'attaque.