Naturalis Historia, liber XXXV
Pline l'Ancien (Gaius Plinius Secundus)
Illud uero perquam rarum ac memoria dignum est, suprema opera artificum inperfectasque tabulas, sicut Irim Aristidis, Tyndaridas Nicomachi, Mediam Timomachi et quam diximus Venerem Apellis, in maiore admiratione esse quam perfecta, quippe in iis liniamenta reliqua ipsaeque cogitationes artificum spectantur, atque in lenocinio commendationis dolor est manus, cum id ageret, exstinctae.
Pline l'Ancien (Gaius Plinius Secundus) — Naturalis Historia, liber XXXV
Mais ce qui est vraiment rare et digne d’être retenu, c’est de voir les œuvres ultimes de certains artistes et leurs tableaux inachevés, comme l’Iris d’Aristide, les Tyndarides de Nicomaque, la Médée de Timomaque et la Vénus d’Apelle plus haut mentionnée, être l’objet d’une admiration plus grande que des ouvrages terminés, car en eux l’on peut observer les traces de l’esquisse et la conception même de l’artiste, et le regret que la main de celui-ci ait été arrêtée en plein travail contribue à lui attirer la faveur du public.
Pline l’Ancien; Landino, Cristoforo — Historia naturale di C. Plinio secondo tradocta di lingua latina in fiorentina per Christophoro Landino fiorentino
E ancora rara cosa e degna di memoria vedere opere somme e picture imperfecte come e Iris d’Aristide et e Tyndaridi di Nicomaco. Medea di Timomaco e Venere d’Appelle dellaquale dicemmo laquale lui lascio imperfecta et e in maggiore admiratione che se fussi perfecta perche in questi si veggono gl’altri liniamenti e le cogitationi degl’artefici. Et nel lenocinio della commendatione e el dolore e desideriamo le mani morte mentre che facevono tale opera.
Pline l’Ancien; Brucioli, Antonio — Historia naturale di C. Plinio Secondo nuovamente tradotta di latino in vulgare toscano per Antonio Brucioli
E anchora rara cosa, et degna di memoria, vedere le supreme opere degli artefici, et tavole imperfette, come, Irin di Aristide, le tindaride di Nicomacho, Medea di Timomaco, e la Venere di Apelle, laquale habbiamo detto esser in maggiore ammiratione, che le cose perfette, perche in queste si veggono gli altri lineamenti, et esse cogitationi di artefici, et nel lenocinio della commendatione è il dolore. Et desideranssi le morte mani, come quando facevano questo.
Pline l’Ancien; Domenichi, Lodovico — Historia naturale di G. Plinio Secondo tradotta per Lodovico Domenichi, con le postille in margine, nelle quali, o vengono segnate le cose notabili, o citati alteri auttori… et con le tavole copiosissime di tutto quel che nell’opera si contiene…
E cosa rara ancora, e degna di memoria, vedere opere eccellenti, e figure imperfette, come è l’Iride d’Aristide, i Tindaridi di Nicomacho, la Medea di Timomacho, e la Venere, che dicemmo d’Apelle, lequali sono in maggior riputatione, che l’opere perfette. Percioche in esse si veggono gli altri lineamenti, è [sic] i pensieri de gli artefici, e nel ruffianesimo della commendatione è un dolore, ilquale fa bramare altrui le mani morte mentre elle lavoravano.
Pline l’Ancien; Du Pinet, Antoine — L’histoire du monde de C. Pline second… mis en françois par Antoine du Pinet
D’avantage, c’est grand cas que les dernieres pieces des peintres excellens, et celles qui sont imparfaictes, sont plus estimees sans comparaison, que celles qui sont parfaites, comme l’arc en ciel d’Aristides : Castor et Pollux de Nicomachus : la Medee de Timomachus : et celle singuliere Venus sortant de la mer, qu’Apelles avoit encommencee, selon qu’avons dit cy dessus. Et de fait, on voit quasi en ces tableaux imparfaits les traits qui restoyent à faire, et y cognoist-on l’imagination, et le dessein de ceux qui les faisoyent : tellemens que prenant plaisir à voir ces commencemens singuliers, on a grand regret à la mort de ces grans personnages.
Pline l’Ancien; Poinsinet de Sivry, Louis — Histoire naturelle de Pline, traduite en françois [par Poinsinet de Sivry], avec le texte latin… accompagnée de notes… et d’observations sur les connoissances des anciens comparées avec les découvertes des modernes
Mais de tous les faits curieux que nous avons eu l’occasion d’observer, relativement à tous ces hommes célebres, il n’en est pas de plus curieux, et de plus digne d’être conservé à la postérité, que ce qui est arrivé aux chefs-d’œuvre que la mort a contraint les grands artistes de laisser imparfaits ; témoin l’Iris d’Aristide, les Tyndarides de Nicomaque, la Médée de Timomaque et la Vénus d’Apelle, que nous avons observé causer plus d’admiration, étant ainsi tronqués, que s’il n’y restoit rien à désirer. Car, dans ces tableaux incomplets, on suit avec avidité les moindres vestiges des traits d’attente : on se plaît à conjecturer quel en étoit le terme projetté ; le regret même de la perte de l’artiste mort se met de la partie, et nous fait plus priser son travail. On gémit, et sur ce qui manque au tableau, et sur le malheur qu’ont eu les arts de perdre un homme célebre, avant qu’il n’eût achevé un si bel ouvrage.