Durand, David · p. 88
voir Pireicus C’est que celui-ciSérapion., qui ne sçut jamais représenter la figure humaine, réussissoit admirablement dans les décorations de théatre : et d’autre côté, Denys de ColophoneLe même, dont il est parlé dans Elien, liv. IV. Ch. 3. qui imitoit Polygnote en tout, à la grandeur près. Nous avons des ouvriers de ce caractere., qui n’entendoit rien aux décorations, ne sut jamais peindre que des hommes ; ce qui le fit surnommer l’Anthropographe, tant il est vrai que les talents sont partagés en peinture, comme en autre chose.
Notes au texte latin, p. 284-285 :
(G) Dionysius. Le P. H. s’imagine que ce Denys est le même dont il est parlé dans Elien, Hist. Div. Lib. 4 c. 3. Et qui est connu sous le nom de Denys de Colophone : mais une preuve que le fait est douteux, c’est que notre auteur oppose ici Sérapion à Dionysius, comme deux peintres de différens caracteres, qui travailloient à Rome, apparemment en même tems. A l’égard de Sérapion, cela est probable, puisqu’une de ses décorations couvroit toute la galerie de Ménius : et pour ce qui est de l’autre, il en sera fait mention dans l’art. de Lala, contemporaine de Varron, et très habile pour le portrait ; artist vero tantum, ut multum manipretio antecederet celeberrimos eadem aetate imaginum pictores, Sopolim et Dionysiusm, quorum tabulae pinacothecae implent. Voilà donc ce peintre de portraits, qui ne savoit faire que la figure humaine, et qu’on appeloit, par cette raison, l’Anthropographe, différent de cet ancien peintre, contemporain de Polygnote et son imitateur, et duquel Pline n’a rien dit, mais qu’Aristote, Plutarque et Elien n’ont pas oublié. Aristote dans son art Poëtique, ch. 2. Οἱ γραφεῖς, Πολύγνοτος ἣ κρείττες, Παύσων ἣ χείρες, Διονύσιος ἥ ὁμοίους εἴκαζε. Ces paroles sont différemment interprétées. Junius traduit κρείττες, meliores ; χείρες, deteriores ; ὁμοίους, similes ; comme si Aristote vouloit dire, que Polygnote faisoit les hommes plus beaux qu’ils ne sont naturellement ; que Pauson les faisoit pires qu’ils ne sont en effet ; mais que Denys les peignoit au naturel. Mais M. Perizonius éxplique ce passage tout autrement : κρείττες χείρες h.e. dit-il, Deos et Daemones : h. e. pecora et bestias ; ὁμοίους h.e. homines, ses semblables. Sur quoi il prétend que ce Denys de Colophone est le même que Denys l’Anthropographe, et que comme Elien assure, qu’à la grandeur près, πλὴν τῆς μεγεθῆς, les peintures de ce Denys imitoient en tout celles de Polygnote ; c’est par la même raison que Pline l’a rangé inter minoris picturae celebres, parmi les peintres qui ont éxcellé en petit. Mais si cette raison est valable, il faudra dire aussi que Sérapion, qui peignoit les décorations, est aussi rangé dans la même classe. Ce qui est absurde. Il n’y a qu’à lire tout le passage. Pline oppose Sérapion à Piréïcus, qui vendoit fort bien ses mignatures, tandis que les grandes pièces de l’autre demeuroient exposées sur la grand-place. Il ajoute que ce Sérapion, qui avoit un talent particulier pour décorer les théatres, ne savoit pas faire la figures humaine : au lieu que Denys, quel qu’il fut, n’a jamais fait que cela : ce qui lui donna le surnom d’Anthropographe. Ce n’est qu’une particularité qu’il nous apprend en passant et à propos de Sérapion. Ensuite il retourne à son sujet, Parva et Callicles fecit… D’ailleurs, si Denys de Colophone imitoit si bien Polygnote en toutes choses, éxcepté dans la grandeur, comment ne savoit-il faire que la figure humaine ? Et si Aristote a voulu dire que Polygnote a peint les dieux, les heros, les démons ; pourquoi Denys, qui étoit son imitateur, au rapport d’Elien, n’auroit-il fait que des hommes ? Il y a plus ; c’est que le passage d’Aristote ne dit rien de semblable. Voici son raisonnement : la poësie est une imitation : ceux qui imitent sont bons ou mauvais : car il n’y a que la vertu et le vice qui distinguent les hommes. Il faut donc que ceux qui se proposent l’imitation, pour l’object de leur travail, nous représentent des mœurs ou meilleures que les nôtres, ou plus mauvaises, ou tout à fait semblables. Comme, par éxemple, dans la peinture, Polygnote a fait le second, et Denys de Colophone s’est contenté du troisième. C’est tout ce qu’il veut dire ; il s’agit des mœurs, et non pas de la figure humaine. Voyez l’endroit.