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C’est aussi en Égypte qu’on trouve les premiers vestiges du fameux Dédale. Les Grecs qui mettent ce sculpteur célebre à la tête de leurs artistes parce qu’ils le font originaire d’Athenes et fils d’Eupalon Paus. Ach. lib. VII, le placent avant l’expédition des Argonautes, époque qui revient au regne de Minos, second roi de Crete, et au temps de ThéséeCela revient environ 1260 ans avant l’ère chrétienne.. On prétend que ce fut lui qui commença de rendre la nature dans son entier, en donnant des mains et des jambes aux statues et les mettant par-là, pour ainsi dire, en mouvement. Comme plus les gens sont simples, et que moins on a d’idées des choses, plus les nouveautés frappent, la surprise qu’occasionna ce spectacle inconnu, donna lieu à l’hyperbole, style ordinaire des siecles d’ignorance, que Dédale avoit trouvé le secret de faire marcher les statues. C’est à la même expression hyperbolique que doit sa naissance la fable qui attribue à Pygmalion, autre sculpteur de ces temps obscurs, d’être devenu amoureux d’une statue sortie de ses mains ; fable qui réduite au simple et au vrai, ne sauroit avoir d’autre fondement que l’enchantement de cet artiste à la vue de quelque degré de perfection sans exemple de son temps, auquel il avoit porté son ouvrage.
Mais pour revenir à Dédale, deux choses font à remarquer à son sujet , l’une est qu’il n’excella que relativement au mauvais goût du temps où il travailla ; car selon Pausanias même, les chefs-d’œuvres de ce sculpteur manquoient de proportion et étoient outrés et colossaux, suivant le goût asiatique, dans lequel il est apparent qu’il avoit puisé les principes de son art ; il étoit d’ailleurs placé trop près de l’origine même de l’art pour en embrasser toutes les parties et les perfections que l’enthousiasme lui a fait attribuer. L’autre chose est qu’il est très-douteux que les progrès de l’art statuaire soient dus à un artiste qui portoit le nom de Dédale.
C’est dans Pausanias lui-même que l’on trouve le fondement de ce doute Pausan. Lib. IX. in Beot. Δαιδαλος. Il dit que Dédale en grec veut dire ouvrier adroit ou artiste habile, et même un ouvrage fait avec intelligence et avec art. Il ajoute que l’on donnoit ce nom aux statues de bois, même avant le siecle où l’on place Dédale d’où il soupçonne lui-même qu’on ait donné ce nom aux fabricateurs de statues à titre de surnom pris de la professionQuin a Dedalis ligneis scilicet non autem proprio nomine ac germano Dedalo ipsi cognomen impositum fuisse arbitror.. Il y a donc lieu de conjecturer que tout ce que les poètes et les historiens grecs nous débitent sur les voyages de prétendu Dédale, sur son habileté , sur ses chefs-d’œuvres , n’est que l’effet de leur prévention ordinaire pour leur pays dont ils le font originaire, et de la fécondité de leur imagination qui leur a fait donner si fréquemment de la réalité à des chimères, source féconde des fables de la Grece.
Ce soupçon se fortifie encore lorsqu’on nous donne Dédale pour un homme merveilleux et également distingué en architecture, en sculpture, et même en l’art de la marine pour lequel, dit-on, il inventa les voiles des vaisseaux lorsqu’il s’enfuit de l’isle de Crète.