Anecdote · Fiche 30

Dédale et l’invention de la sculpture

Fortune textuelle et iconographique d’un récit antique, ordonnée par sources, langues et représentations.

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30
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Chronologique

Chronologie documentaire

Chronologie des attestations et de la transmission

25 textes affichés

(-400):(-350)Date de rédaction
grecqueTexte 1597 · Source 861

Περὶ ἀπίστων

Palaiphatos (Παλαίφατος)

Λέγεται περὶ Δαιδάλου ὡς ἀγάλματα κατεσκεύαζε  δι’ ἑαυτῶν πορευόμενα·

ὅπερ ἔμοιγε ἀδύνατον εἶναι  δοκεῖ, ἀνδριάντα δι’ ἑαυτοῦ βαδίζειν.

τὸ δὲ ἀληθὲς τοιοῦτον.

οἱ τότε ἀνδριαντοποιοὶ καὶ ἀγαλματοποιοὶ  συμπεφυκότασ ὁμοῦ τοὺς πόδας καὶ τὰς χεῖρας παρατεταμένας ἐποίουν. Δαίδαλοσ δὲ πρῶτος ἐποίησε διαβεβηκότα τὸν ἕνα πόδα. διὰ τοῦτο δὴ οἱ ἄνθρωποι ἔλεγον ὁδοιποροῦν τὸ ἄγαλμα τοῦτο εἰργάσατο Δαίδαλος, ἀλλ' οὐχὶ ἑστηκός, ὡς καὶ νῦν λέγομεν μαχόμενοί γε ἄνδρες γεγραμμένοι εἰσί  καὶ τρέχοντες ἵπποι καὶ χειμαζομένη ναῦς.  οὕτω κἀκεῖνον ἔλεγον ὁδοιποροῦντα ποιεῖν ἀγάλματα.

françaisTraduction 1598

Overbeck, Johannes — Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

À propos de Dédale, on raconte qu’il faisait des statues qui se mouvaient d’elles-mêmes ; le fait que des statues puissent bouger toutes seules me paraît impossible ; la vérité doit être quelque chose comme ceci : les sculpteurs et les statuaires de l’époque réalisaient des statues dont les pieds aussi tenaient ensemble. Dédale fut le premier à les faire avec un pied séparé. Les gens disaient : « cette statue que Dédale a faite, est en train de marcher, et non pas immobile », comme nous disons maintenant : « sur cette peinture, il y a des hommes en train de combattre, des chevaux au galop et un navire ballotté par la tempête ».

−70–−30Date de rédaction
grecqueTexte 1601 · Source 570

Βιβλιοθήκης ἱστορικής

Diodore de Sicile (Διόδωρος)

κατὰ δὲ τὴν τῶν ἀγαλμάτων κατασκευὴν τοσοῦτο τῶν ἁπάντων ἀνθρώπων διήνεγκεν ὥστε τοὺς μεταγενεστέρους μυθολογῆσαι περὶ  αὐτοῦ διότι τὰ κατασκευαζόμενα τῶν ἀγαλμάτων  ὁμοιότατα τοῖς ἐμψύχοις ὑπάρχει· βλέπειν τε γὰρ  αὐτὰ καὶ περιπατεῖν, καὶ καθόλου τηρεῖν τὴν τοῦ ὅλου σώματος διάθεσιν, ὥστε δοκεῖν εἶναι τὸ κατασκευασθὲν ἔμψυχον ζῷον. πρῶτος δ´ ὀμματώσας  καὶ διαβεβηκότα τὰ σκέλη ποιήσας, ἔτι δὲ τὰς χεῖρας  διατεταμένας ποιῶν, εἰκότως ἐθαυμάζετο παρὰ τοῖς  ἀνθρώποις· οἱ γὰρ πρὸ τούτου τεχνῖται κατεσκεύαζον τὰ ἀγάλματα τοῖς μὲν ὄμμασι μεμυκότα, τὰς  δὲ χεῖρας ἔχοντα καθειμένας καὶ ταῖς πλευραῖς  κεκολλημένας.

françaisTraduction 1602

Overbeck, Johannes — Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Dans la fabrication des statues, il l’emportait tellement sur tous les hommes que la postérité raconta à son sujet que ses statues fabriquées ressemblaient tout à fait à des êtres vivants : car elles regardaient, se promenaient et gardaient la pose dans tout leur corps, si bien que l’objet fabriqué avait l’air d’un être animé ; le premier à les pourvoir d’yeux et de jambes séparées, et aussi de bras tendus, c’est avec justice qu’il fut admiré par tous les hommes. Les artistes qui précédèrent Dédale fabriquaient des statues aux yeux fermés, avec les bras tendus et collés aux flancs.

françaisTraduction 4599

Diodore de Sicile (Διόδωρος) — Βιβλιοθήκης ἱστορικής

Il se distingua tellement dans l'art statuaire, que les mythologues, qui sont venus après lui, prétendaient que les statues de Dédale étaient tout à fait semblables à ales êtres vivants, qu'elles voyaient, qu'elles marchaient, en un mot, qu'elles avaient tout le maintien d'un corps vivant. Dédale, le premier, avait fait des statues ayant les yeux ouverts, les jambes écartées, les bras étendus ; car avant lui, les sculpteurs représenlaient leurs statues ayant les yeux fermés, et les bras pendants et collés aux côtés.

françaisTraduction 4779

2. Il surpassa tellement tous les autres hommes par la sculpture de ses statues, que ses contemporains racontèrent le mythe que les statues qu'il avait sculptées étaient extrêmement ressemblantes aux vivants: elles marchaient, elles voyaient, et, de façon générale, elles gardaient la disposition du corps tout entier, de telle sorte que l'objet sculpté paraissait un être animé. 3. C'est avec raison qu'il fut admiré des hommes, puisqu'il sculpta le premier des yeux et fit ses statues les jambes écartées, et en plus les mains tendues. Les artistes qui l'avaient précédé sculptaient, en effet, leurs statues avec les yeux clos, les bras ballts et collés aux flancs.

−70–−30Date de rédaction
grecqueTexte 1605 · Source 570

Βιβλιοθήκης ἱστορικής

Diodore de Sicile (Διόδωρος) · p. 179

τόν τε  ῥυθμὸν τῶν ἀρχαίων κατ’ Αἴγυπτον ἀνδριάντων  τὸν αὐτὸν εἶναι τοῖς ὑπὸ Δαιδάλου κατασκευασθεῖσι  παρὰ τοῖς Ἕλλησι. τὸ δὲ κάλλιστον πρόπυλον ἐν Μέμφει τοῦ Ἡφαιστείου Δαίδαλον ἀρχιτεκτονῆσαι, καὶ θαυμασθέντα τυχεῖν εἰκόνος ξυλίνης κατὰ τὸ προειρημένον ἱερὸν ταῖς ἰδίαις χερσὶ δεδημιουργημένης, πέρας δὲ διὰ τὴν εὐφυΐαν ἀξιωθέντα μεγάλης δόξης καὶ πολλὰ προσεξευρόντα τυχεῖν ἰσοθέων τιμῶν: κατὰ γὰρ μίαν τῶν πρὸς τῇ Μέμφει νήσων ἔτι καὶ νῦν ἱερὸν εἶναι Δαιδάλου τιμώμενον ὑπὸ τῶν ἐγχωρίων.

françaisTraduction 4600

Diodore de Sicile (Διόδωρος) — Βιβλιοθήκης ἱστορικής

Et les proportions des statues anciennes en Égypte sont les mêmes que celles des statues exécutées par Dédale chez les Grecs. Le plus beau porche d'entrée du sanctuaire d'Héphaïstos à Memphis passe pour avoir eu Dédale comme architecte, et l'admiration qu'il suscita lui valut d'avoir sa statue en bois, faite de ses propres mains, placée dans ce même sanctuaire. Mieux encore: jugé digne d'une grande gloire à cause de son génie et à la suite de ses nombreuses inventions, il obtint des honneurs égaux à ceux des dieux. De fait, dans l'une des îles proches de Memphis, il y a, de nos jours encore, un sanctuaire de Dédale vénéré par les habitants de la région.

(217):(245)Date de rédaction
grecqueTexte 1603 · Source 596

Τὰ ἐς τὸν Τυάνεα ᾽Απολλώνιον

Philostrate d’Athènes (Φιλόστρατος) · p. 102

τὸ δὲ ἄγαλμα τετράφθαι πρὸς ἀκτῖνα μήπω γενειάσκον, λίθου δὲ εἶναι μέλανος, ξυμβεβηκέναι δὲ τὼ πόδε ἄμφω κατὰ τὴν ἀγαλματοποιίαν τὴν ἐπὶ Δαιδάλου καὶ τὰς χεῖρας ἀπερείδειν ὀρθὰς ἐς τὸν θᾶκον, καθῆσθαι γὰρ ἐν ὁρμῇ τοῦ ὑπανίστασθαι. 

françaisTraduction 1604

Overbeck, Johannes — Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

On dit qu’ille colosse de Memnon. avait les deux pieds collés, selon la manière de sculpter du temps de Dédale.

anglaisTraduction 4754

Philostrate d’Athènes (Φιλόστρατος) — Τὰ ἐς τὸν Τυάνεα ᾽Απολλώνιον

The statue itself faces the sun, and is stille beardless. It is of dark stone, with both its feet together like the style of Daedalus's time, and presses its arms straight down on its throne, in the position of a sitter just getting up.

1520Publication originale
latinTexte 1627 · Source 373

Officina

Textor, Joannes Ravisius (Jean Tixier de Ravisy, dit) · p. 358

Dædalus primus in formis animalium (quas veteres plastæ cæcas fingenbant et immobiles) oculos induxit, et additis quibusdam neruis effecit, vt huc et illuc mouerentur adeo scite, vt spectantibus viuere et ingredi viderentur. Idem ligneam Venerem fabricasse dicitur, quæ argento viuo infuso moueretur.

1586Publication originale
françaisTexte 1628 · Source 39

De l’utilité des voyages, et de l’avantage que la recherche des antiquitez procure aux sçavans

Baudelot de Dairval, Antoine · p. 92-93

C’estoit sans doute de celles qui se trouvoient faites avec plus d’art, comme celles de Dœdale, qu’on disoit être mouvantes, au rapport de Palephatus, parce qu’il fut le premier à quitter la maniere que ses devanciers avoient imitée des Egyptiens et qu’en separant les pieds dans les statuës, il suivit la nature de plus prez.

1638Publication originale
anglaisTexte 1629 · Source 845

The Painting of the Ancient

Junius, Franciscus · p. 27

It is likewise related by the greatest part of ancient writers, that all the statues before Daedalus his time, have had a most unpleasant stiftnesse, standing in a lifelesse posture with their eyes closed up, their hands hanging straight downe, their feet joyned close together.

1642–1647Publication originale
françaisTexte 1630 · Source 167

Trésor chronologique et historique contenant ce qui s’est passé de plus remarquable et curieux dans l’Estat, tant civil qu’ecclésiastique, depuis l’an de Jésus Christ 1200 jusqu’à l’an 1647

Guillebaud, Pierre (Dom Pierre de Saint Romuald) · p. 931

suit Femmes peintres Tousouvrages. estoffez avec tant de splendeur, et figurez d’un coloris si vif, qu’ils semblent respirer et se mouvoir* effectivement.

* C’est ce qu’on disoit des statuës de Dedale, qu’elles estoient si naïsvement faites, qu’elles se mouvoient d’elles-mesmes, si bien qu’il les falloit lier de peur qu’elles ne prissent la fuite. Platon et Aristote.

1678Publication originale
françaisTexte 1631 · Source 175

Inleyding tot de hooge schoole der schilderkonst

Hoogstraten, Samuel van · p. 245

suit peintres archaïques En de stokbeelden, voor de tijden van Dedalus, waren
zeer lomp en grof, met gesloten oogen, neerhangende armen, saemgevoegde
beenen, en zonder eenige kunst. Ja zoo, datmen de mannen van de vrouwen niet
en konde onderkennen, tot dat eenen Eumarus, alles na’t leven doende, het
onderscheyt van kunne in zijn werken deede zien.

françaisTraduction 1632

Hoogstraten, Samuel van — Inleyding tot de hooge schoole der schilderkonst

Et avant l’époque de Dédale, les sculptures en pied étaient très disgracieuses et grossières, avec des yeux clos, des bras ballants, des jambes jointes et sans aucun art, si bien que l’on ne pouvait différencier les hommes des femmes, jusqu’à ce qu’un Eumarès, faisant tout sur le vif, eût fait voir la différence de sexe dans ses œuvres.

1688Publication originale
françaisTexte 1635 · Source 213

Traité des statuës

[Lemée, François] · p. 65

Cette conformitéentre la copie et l’original. ne contribuë uniquement qu’à les rendre plus parfaits, et l’on dit que nous en sommes redevables à l’ingenieux Dedale. On trouva en effet ses statuës si au naturel, qu’on disoit qu’elles marchoient, par ce qu’il leur separa les pieds et les jambes, leur dégagea les mains et les bras, et leur ouvrit les yeux : ce qui n’avoit point enore esté pratiqué, quelqu’unes même avant luy ayant esté privées de toutes ces parties-là.

1694Publication originale
latinTexte 1633 · Source 846

De pictura veterum

Junius, Franciscus · p. 13

suit origines de la peinture Testantur etiam scriptores alii non ignobiles, cunctas ante Daedalum statuas conniventibus oculis, pedibus cunctis, brachiis in latera demissis, statut rigido ac prorsus inconcinno factitatas fuisse.

françaisTraduction 1634

Junius, Franciscus — De pictura veterum, liber I

D’autres écrivains, et qui ne sont pas inconnus, attestent qu’avant Dédale, on faisait toutes les statues avec les yeux fermés, les pieds joints, les bras pendants le long du corps, un maintien rigide, totalement dépourvu d’accord entre les parties.

1710–1843Publication originale
françaisTexte 1636 · Source 624

Histoire de l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, avec les Mémoires de littérature tirés des registres de cette Académie

· t. XIV, p. 29-30

Solin remarque que Dédale fut le premier qui imagina de donner aux statues l’attitude naturelle d’une personne qui marche ; avant lui elles avaient les pieds joints, et on les appelait chez les Romains Compernes.

1760Publication originale
anglaisTexte 1637 · Source 405

An Inquiry into the Beauties of Painting

Webb, Daniel · p. 39

We are told by Pliny, that all the statues before the time of Dædalus, were represented stiff and motionless; with winking eyes, closed feet, and arms hanging in right lines to their sides[1] Conniventibus oculis, pedibus junctis, brachiis in latera demissus, statu rigido. — The Egyptians continued to the last, even when they were masters of a perfect design, to represent their deities in the manner above described : we cannot suppose that this was owing to an ignorance of the advantages of a graceful action, but rather to their bigoted attachment to certain theological ideas. — The motion they ascribed to their divinities, was neither that of walking nor flying; Milton, who had adopted their idea, describes it precisely in the following lines: So saying, by the hand he took me, raised,And over fields and waters, as in airSmooth sliding without step, last lea me upA woody mountain.: these were the rude essays of design, Dædalus and his immediate followers, unfolded these embarrassed figures; they threw motion into the limbs, and life into the countenance. In the progress of the art, and in abler hands, motion was fashioned into grace, and life was heightened into character.

The Greeks who borrowed their religion, as they did their arts, from the Egyptians, followed for some time this mode of representation; till at length (which was, perhaps, the era Pliny mentions) their aversion to everything that was ungraceful, overcame their prejudices; and this might have been a principal reason, that in the end they so far excelled their masters.

françaisTraduction 1638

Webb, Daniel — An Inquiry into the Beauties of Painting

Pline nous apprend qu’avant le temps de Dédale, toutes les statues étoient figurées roides et immobiles, les yeux baissés, les pieds joints et les bras collés sur les flancs.Conventibus oculis, pedibus junctis, brachiis in latera demissis, statu rigido. Les Egyptiens continuerent de représenter leurs Dieux de cette maniere, lors même qu'ils se furent perfectionnés dans le dessin; ce fut plutôt par un attachement superstitieux à certaines idées théologiques, que par ignorance de ce qui peut répandre des graces sur une nation. Le mouvement qu'ils donnoient à leurs Divinités ne tenoit ni du vol, ni de la marche; et Milton paroît avoir adopté leurs idées dans les vers suivans:So saying, by the hand he took me, rais'd,And over fields and maters, as in airSmooth sliding withont step, last led me opA woody mountain. Tels furent les premiers essais du dessin.  Dédale et ses successeurs développèrent ces figures emmaillotées ; ils donnerent du mouvement aux parties, et de la vie au visage. L’art se perfectionnant par dégrés, le mouvement acquit de la grace, et la vie prit un caractère.

1768Publication originale
françaisTexte 1643 · Source 116

De l’usage des statues chez les Anciens. Essai historique

· p. 392-393

C’est aussi en Égypte qu’on trouve les premiers vestiges du fameux Dédale. Les Grecs qui mettent ce sculpteur célebre à la tête de leurs artistes parce qu’ils le font originaire d’Athenes et fils d’Eupalon Paus. Ach. lib. VII, le placent avant l’expédition des Argonautes, époque qui revient au regne de Minos, second roi de Crete, et au temps de ThéséeCela revient environ 1260 ans avant l’ère chrétienne.. On prétend que ce fut lui qui commença de rendre la nature dans son entier, en donnant des mains et des jambes aux statues et les mettant par-là, pour ainsi dire, en mouvement. Comme plus les gens sont simples, et que moins on a d’idées des choses, plus les nouveautés frappent, la surprise qu’occasionna ce spectacle inconnu, donna lieu à l’hyperbole, style ordinaire des siecles d’ignorance, que Dédale avoit trouvé le secret de faire marcher les statues. C’est à la même expression hyperbolique que doit sa naissance la fable qui attribue à Pygmalion, autre sculpteur de ces temps obscurs, d’être devenu amoureux d’une statue sortie de ses mains ; fable qui réduite au simple et au vrai, ne sauroit avoir d’autre fondement que l’enchantement de cet artiste à la vue de quelque degré de perfection sans exemple de son temps, auquel il avoit porté son ouvrage.

Mais pour revenir à Dédale, deux choses font à remarquer à son sujet , l’une est qu’il n’excella que relativement au mauvais goût du temps où il travailla ; car selon Pausanias même, les chefs-d’œuvres de ce sculpteur manquoient de proportion et étoient outrés et colossaux, suivant le goût asiatique, dans lequel il est apparent qu’il avoit puisé les principes de son art ; il étoit d’ailleurs placé trop près de l’origine même de l’art pour en embrasser toutes les parties et les perfections que l’enthousiasme lui a fait attribuer. L’autre chose est qu’il est très-douteux que les progrès de l’art statuaire soient dus à un artiste qui portoit le nom de Dédale.

C’est dans Pausanias lui-même que l’on trouve le fondement de ce doute Pausan. Lib. IX. in Beot. Δαιδαλος. Il dit que Dédale en grec veut dire ouvrier adroit ou artiste habile, et même un ouvrage fait avec intelligence et avec art. Il ajoute que l’on donnoit ce nom aux statues de bois, même avant le siecle où l’on place Dédale d’où il soupçonne lui-même qu’on ait donné ce nom aux fabricateurs de statues à titre de surnom pris de la professionQuin a Dedalis ligneis scilicet non autem proprio nomine ac germano Dedalo ipsi cognomen impositum fuisse arbitror.. Il y a donc lieu de conjecturer que tout ce que les poètes  et les historiens grecs nous débitent sur les voyages de prétendu Dédale, sur son habileté , sur ses chefs-d’œuvres , n’est que l’effet de leur prévention ordinaire pour leur pays dont ils le font originaire, et de la fécondité de leur imagination qui leur a fait donner si fréquemment de la réalité à des chimères, source féconde des fables de la Grece.

Ce soupçon se fortifie encore lorsqu’on nous donne Dédale pour un homme merveilleux et également distingué en architecture, en sculpture, et même en l’art de la marine pour lequel, dit-on, il inventa les voiles des vaisseaux lorsqu’il s’enfuit de l’isle de Crète.

1776Publication originale
françaisTexte 1645 · Source 475

Anecdotes des beaux-Arts, contenant tout ce que la peinture offre de plus piquant chez tous les peuples du monde

Nougaret, Pierre Jean Baptiste ; Leprince, Thomas · p. 441-444

Dédale est mis à la tête des sculpteurs grecs, non pas comme le plus habile, mais comme le plus ancien ; il naquit dans Athènes, quarante ans avant le siége de Troye ; ses ancêtres, dit-on, avoient régné dans l’Attique. On débite aussi sur le compte de cet artiste, des choses très-fabuleuses, et qui sont d’autant moins vraisemblables, qu’il vivoit dans un temps trop près de l’origine de l’Art, pour avoir pu le porter au point de la perfection. Il est même douteux qu’aucun statuaire ait jamais eu le nom de Dédale ; car, selon Pausanias, Dédale en grec veut dire ouvrier adroit, artiste habile, ou bien un ouvrage fait avec intelligence : il ajoûte qu’on donnoit ce nom aux statues de bois, longtemps avant le siécle où l’on place Dédale. […] Ce qu’il y a de certain, c’est qu’avant Dédale, les statues grecques avoient les yeux fermés, les bras pendans et comme collés le long du corps ; c’étoit pour la plupart des figures qui se terminoient en gaîne. Dédale leur ouvrit les yeux, Ceci ne semble-t-il pas contredire ce que nous avons dit plus haut, d'après M. l'Abbé Barthélémy, que les statues n'eurent des prunelles que du temps de l'Empereur Adrien? Il est vrai qu'elles n'eurent des prunelles qu'alors, quoique depuis Dédale elles eussent les yeux ouverts. leur dégagea les bras et les mains, et, leur séparant les jambes et les pieds, leur fit prendre l’attitude d’une personne qui marche. Cette perfection causa la plus vive surprise à des peuples encore barbares : dans leur admiration stupide ils débitèrent que les statues avoient du mouvement, qu’elles marchoient, qu’elles agissoient par des ressorts cachés ; et ces contes ridicules sont parvenus jusqu’à nous. Si l’on ajoutoit foi au récit de quelques auteurs anciens, on seroit tenté de regarder le fameux Dédale comme un faiseur de marionnettes, ou comme un faiseur de tours de gibecières. « Par le moyen d’un peu de vif-argent coulé dans la tête et dans les pieds de ses statues, nous disent-ils très sérieusement, il avoit l’art de les faire mouvoir et marcher : on étoit même contraint de les attacher quelquefois de peur qu’elles ne s’enfuient. » Mais c’est trop nous arrêter à des histoires fabuleuses ; faisons connaître l’art par des traits qu’on ne sauroit révoquer en doute. Nous ne répéterons point ici que les Grecs ne sont nullement les premiers peuples qui aient cultivé la sculptureV. Pausanias, liv. 1.. Ils ne l'ont même pas perfectionnée, s'il en faut croire un savant auteur moderne.M. L'Abbé Comte de Guasco

1788–1791Publication originale
françaisTexte 1646 · Source 404

Encyclopédie méthodique. Beaux-Arts

Watelet, Claude-Henri ; Levesque, Pierre-Charles · p. 317-318

Comme ces premières têtes étoient trop mal travaillées pour qu’on pût distinguer si elles appartenoient à des hommes ou à des femmes, on s’avisa, dans la suite, d’indiquer le caractère du sexe vers le milieu de la pierre qui représentoit le corps de la statue. A une autre époque on imagina d’indiquer la séparation des cuisses par une incision. Ce nouveau progrès, dont on fait honneur à Dédale, fut regardé comme prodigieux par un peuple destiné à devenir un jour, pour les arts qui dépendent du dessin, le maître et le modèle de tous les peuples de l’Europe. […] Nous venons de les voir séparer les jambes des figures, et s’approcher de l’époque où ils sauront faire ce qu’on peut appeller des statues ; mais, les premières qu’ils firent, au lieu de montrer les contours purs et coulans de la nature, ne furent qu’imparfaitement équarries, et à cette époque, l’art naissant des Grecs, ressembloit à ce que resta celui des Egyptiens. Les yeux applatis, et allongés sembloient clignotans, car c’est ainsi, comme le pense du moins Winckelmann, qu’il faut entendre le passage de Diodore de Sicile, qui concerne Dédale, au lieu qu’en suivant l’interprétation des traducteurs, cet historien auroit dit que l’artiste donne à ses figures des yeux fermes. Au reste ces figures équarries étoient droites, roides, sans action, sans mouvement, ayant les bras pendans sur les côtés, et les jambes parallèles et peu écartées l’une de l’autre.

1788–1791Publication originale
françaisTexte 1647 · Source 404

Encyclopédie méthodique. Beaux-Arts

Watelet, Claude-Henri ; Levesque, Pierre-Charles · p. 340

Athènes qui devoit produire un jour de si grands artistes, et acquérir par eux tant de gloire, vit naître dans son sein, treize siècles et demi avant notre ère, le plus ancien des artistes dont le nom ait été conservé. C’est DÉDALE, petit fils d’Erechtée, roi d’Athènes. On sait que le mot Dédale, Daedala, désignoit autrefois, dans la langue grecque, tous les ouvrages faits avec art, en sorte qu’on est incertain si Dédale donna son nom à l’art, ou si ce fut de l’art qu’il reçut son nom. Dédale ayant tué le fils de sa sœur, se réfugia auprès de Minos II, roi de Crète, et fit un grand nombre d’ouvrages de sculpture pour ce monarque et pour ses filles. On prétend que, le premier, il détacha les membres des figures, et leur ouvrit les yeux.

1868Publication originale
grecqueTexte 1611 · Source 489

Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Overbeck, Johannes

ἐπειδὴ τῶν παλαιῶν δημιουργῶν πλαττόντων τὰ ζῶα τυφλά, ὁ Δαίδαλος καὶ τοὺς ὀφθαλμοὺς αὐτοῖς ἀνεπέτασεν κτλ. 

françaisTraduction 1612

Overbeck, Johannes — Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Alors que les anciens créateurs modelaient les êtres vivants aveugles, Dédale leur ouvrit largement les yeux.

1868Publication originale
grecqueTexte 1613 · Source 489

Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Overbeck, Johannes

ὁ Δαίδαλος καὶ τοὺς ὀφθαλμοὺς αὐτοῖς ἀνεπέτασεν, ὡς καὶ δόξαν κατασχεῖν ὅτι καὶ ἔμψθχά ἐστι, καὶ κινοῦνται καὶ φθέγγονται. Φασὶ γοῦν τινὰ τῶν δαιδαλουργῶν ἀνδριάντων δεδέσθαι τοῦ ποδός, ὡς μὴ ἀποδράσοι.

françaisTraduction 1614

Overbeck, Johannes — Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Dédale ouvrit aussi leurs yeux, si bien que le bruit courut qu’elles étaient vivantes, qu’elles bougeaient et qu’elles parlaient. On dit même que l’une des œuvres de Dédale était attachée par le pied pour qu’elle ne s’enfuie pas.

1868Publication originale
grecqueTexte 1615 · Source 489

Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Overbeck, Johannes

τῶν πάλαι δημιουργῶν πλαττόντων τὰ ζῷα συμμεμυκότας ἔχοντα τοὺς ὀφθαλμοὺς καὶ οὐ διεστηκότας τοὺς πόδας, ἀλλ’ ἑστῶτα σύμποδα, Δαίδαλος ἄριστος ἀγαλματοποιὸς ἐπιγεγονὼς πρῶτος ἀνατετάννυσί τε τὰ τούτων βλέφαρα, ὡς δόξαι βλέπειν αὐτά, καὶ τοὺς πόδας, ὡς νομίσαι βαδίζειν, διίστησιν· καὶ διὰ τοῦτο δεδέσθαι, ἵνα μὴ φύγοιεν, ὡς δῆθεν ἐμψύχων ἤδη γεγονότων αὐτῶν.

françaisTraduction 1616

Overbeck, Johannes — Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Alors que les créateurs de jadis modelaient des êtres vivants avec les yeux fermés et les pieds non écartés mais joints, Dédale était un excellent sculpteur qui fut le premier à ouvrir les yeux des statues, si bien qu’elles avaient l’air de regarder, et à leur écarter les pieds, si bien qu’elles avaient l’air de marcher. Et pour cette raison, on les attachait pour qu’elles ne s’enfuient pas, comme si elles avaient été douées d’autonomie.

1868Publication originale
grecqueTexte 1617 · Source 489

Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Overbeck, Johannes

ὃτι τοῖς Δαιδάλου ἀγάλμασιν οὐ προσέσχηκας τὸν νοῦν… ὅτι καὶ ταῦτα, ἐὰν μὲν μὴ δεδεμένα ᾖ, ἀποδιδράσκει καὶ δραπετεύει, ἐὰν δὲ δεδεμένα, παραμένει.

françaisTraduction 1618

Overbeck, Johannes — Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Parce que tu n’as pas réfléchi aux statues de Dédale […] ; celles-ci, quand on ne les attache pas, elles s’en vont et s’enfuient et quand on les attache, elles restent.

1868Publication originale
grecqueTexte 1619 · Source 489

Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Overbeck, Johannes

Οὐκ ἔστιν, ὦ γεραιέ, μὴ δείσῇς τάδε·
Τὰ δαιδάλεια πάντα κινεῖσθαι δοκεῖ
Βλέπειν τ’ ἀγάλμαθ’, ὧδ’ἀνὴρ κεῖνος σοφός.

1868Publication originale
grecqueTexte 1621 · Source 489

Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Overbeck, Johannes

Ἀγαλματοποιὸς ὁ Δαίδαλος ποιῶν ἀγάλματα οὕτω κάλλιστα, ὡς ἱστορηθῆναι περὶ τούτων τοῖς ποιηταῖς, ὅτι φωνὴν ἠφίεσαν καὶ ἐκινοῦντο.

françaisTraduction 1622

Overbeck, Johannes — Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Dédale était un sculpteur qui faisait de si belles statues que les poètes racontent à leur sujet qu’elles émettaient une voix et qu’elles bougeaient.

1868Publication originale
grecqueTexte 1623 · Source 489

Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Overbeck, Johannes

Πρῶτος Δαίδαλος ἄγαλμα εἰργάσατο περισκελές, τῶν πρὸ αὐτοῦ πάντων τεχνιτῶν συμβεβηκότα τὼ πόδε ἀποτελούντων, παρέσχε φήμην ὡς τὰ τοῦ Δαιλάλου ἀγάλματα κινεῖται αὐτόματα.

1868Publication originale
grecqueTexte 1625 · Source 489

Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Overbeck, Johannes

Δαίδαλος δὲ Ἀθηναῖος ἦν τῶν πώποτε ἀνδριατοποιῶν περιφανέστατος. πρῶτος δὲ καὶ περισκελὲς ἄγαλμα ἐσχημάτισεν, τῶν πρὸ ἐκείνου κατὰ ταὐτὸ συμβεβληκότα τὼ πόδε τά βρέτη ἐργαζομένων. ἀφ’ οὗ δὴ καὶ ὁ τοῦ περιιέναι καί κινεῖσθαι τὰ φιλοτεχνήματα αὐτοῦ ὑπὸ τῶν πολλῶν ἀνάκειται λόγος αὐτῷ…

françaisTraduction 1626

Overbeck, Johannes — Die Antiken Schriftquellen zur Geschichte der bildenden Künste bei den Griechen

Dédale était Athénien, et le plus célèbre statuaire de tous les temps ; il fut le premier à réaliser une statue avec des jambes visibles, alors qu’avant lui on faisait les statues de bois avec les pieds collés ensemble. C’est pourquoi ses œuvres ont la réputation auprès de la plupart des gens de bouger et de se promener.

Iconographie

Œuvres associées

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Références

Bibliographie liée

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  1. Réf. 534

    Frontisi-Ducroux, Françoise Dédale. Mythologie de l’artisan en Grèce ancienne

    Lieu et maison d’édition : 2e éd. Paris, La Découverte; 1e éd. Paris, François Maspéro